Les artistes conceptuels poursuivent le travail entamé par Duchamp sur le temps et l'espace comme matières plastiques. Ils mettent en exergue plus le processus, le dispositif, que le résultat visuel de l'oeuvre.

On Kawara pose dans ses oeuvres les problèmes du temps, de l'espace, de la perception de la communication. Sa vie est matière de l'oeuvre d'art.

Duchamp considérait aussi que l'emploi de son temps était sa principale oeuvre d'art. Quand on demande à On Kawara une interview ou des explications sur son travail, il lui arrive d'envoyer une carte postale avec ces seuls mots " Je suis toujours vivant. On Kawara".

I went   est présenté dans un classeur contenant des plans urbains, sur lesquels sont marqués au stylo à bille rouge les déplacements d'On Kawara, dans différentes villes, à différentes dates.

I met   est présenté sous la forme d'un classeur. Sur chacune de ses feuilles sont inscrites les personnes rencontrées dans une période de vingt-quatre heures. Les feuilles sont classées par séquence correspondant à des jours consécutifs passés dans les différentes villes.

Les Date paintings  sont des tableaux monochromes que On Kawara peint régulièrement depuis 1966 indiquant dans la langue du pays la date de leur réalisation.

 

 

Cartes postales   est une série de cartes postales sur lesquelles sont marquées au tampon encreur, l'heure à laquelle On Kawara s'est levé. " I got up at 9.37 am ".

On Kawara met en place des processus qui le mettent en relation avec sa vie quotidienne. Ces processus minimaux sont autant de chemin vers l'éveil. il ne s'agit pas d'une mécanisation, d'une réduction de la vie à des fonctionnalités, mais au contraire d'une technique de sublimation, de révélation du quotidien.

On Kawara met en place des processus nous permettant de percevoir à travers son expérience l'espace et le temps. Cette perception des relations, des flux passe par l'artiste qui agit comme médium. Dans sa dimension humaine elle devient intersubjective.

Chacun peut à travers des processus artistiques sublimer sa relation au monde.


Douglas Huebler pose aussi dans ses oeuvres les problèmes du temps et de l'espace. Il essaie d'en approcher l'essence, la matérialité, la réalité. Cette recherche d'un " au-delà de l'expérience sensible " montre la difficulté des artistes conceptuels à exprimer leurs recherches d'une perception de l'espace et du temps et de sa formulation, en mots, sa communication de façon tangible.

" Le monde est plein d'objets plus ou moins intéressants ; je n'ai pas envie d'en ajouter davantage. Je préfère me contenter d'énoncer l'existence des choses en termes de temps et/ou de lieu. Plus précisément, le travail concerne la mise en rapport de choses qui sont au-delà de l'expérience sensible. Parce que le travail se situe au-delà de l'expérience sensible,( " perceptuelle "), un système de documentation permet de prendre connaissance de son existence. Cette documentation prend la forme de photos, cartes, dessins et de descriptions écrites " .

Douglas Huebler utilise une méthode, des processus, et un mode de communication quasiment scientifiques.

Dans 42e parallèle, Douglas Huebler envoie des récépissés postaux de 14 points situés sur le 42e parallèle de l'Ouest (Atlantique), à l'Est (Pacifique) des Etats-unis au premier point (Ouest).

Dans le projet Traits que je réaliserai en 1989, sans avoir connaissance de 42e parallèle, c'est le Méridien de Greenwich que j'utilise comme référence au temps et à l'espace. Je pris connaissance de 42e parallèle en janvier 1990, lors de ma visite de l'exposition du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.

 

La ligne de Manzoni préfigure aussi le projet Traits. Les artistes conceptuels, Yves Klein, Duchamp ont élaboré par leurs démarches et leurs oeuvres les outils esthétiques que les artistes planétaires et technoromantiques ont reçus en héritage conscient ou inconscient. Sans doute faisons-nous partie de cette autre face de l'art.

Dans Duration Piece Number 5  , Douglas Huebler prend douze photographies " à titre de documentation d'un système de " temps " où chaque phase nouvelle et successive est une réduction de moitié de la durée précédente ; on s'approche d'une heure pleine du temps moyen de Greenwich, mais sans pouvoir l'atteindre".


Pour réaliser Variable Piece Number 4  , le 7 janvier 1970, un point a été marqué sur une carte de Paris et documenté par une photographie. L'acquéreur, pour que l'oeuvre existe, s'engage à établir dans les 60 jours, logiquement ou au hasard, un système de temps et d'espace, qu'il devra déterminer et exécuter.
Douglas Huebler demande ainsi à l'acquéreur de l'oeuvre de devenir le réalisateur, l'exécuteur de celle-ci. On peut interpréter simultanément ce geste ainsi : l'artiste ne donne que le point de départ du processus conceptuel. Il ne réalise plus l'oeuvre, et invite l'acquéreur à devenir créateur, puisqu'il devra concevoir et exécuter le processus. Pour paraphraser Duchamp, " Ce sont les acquéreurs qui font les tableaux ". Douglas Huebler invite le spectateur de l'oeuvre à devenir acteur. Cet appel à l'interactivité, se prolonge dans l'art de participation : happening, installation. Il devient banal avec les machines interactives, les installations de réalité virtuelle basées sur l'interactivité possible et nécessaire des ordinateurs. Monet dans Les Nymphéas cherche aussi à immerger le spectateur dans l'oeuvre plastique.


Monet a travaillé sur le temps, en peignant en 1890 la Cathédrale de Rouen ou les Meules de paille à différentes heures de la journée.

Les artistes conceptuels marquent ainsi après Duchamp et Monet le retour du temps dans les arts plastiques. Les arts plastiques étaient en effet depuis la Renaissance les arts de l'espace (de la perspective), alors que la musique était un art du temps.

Les arts technologiques sont eux des arts de l'espace-temps.