Chott El-djerid, (Portrait in Light And Heat).
bande vidéo - 1980 - 28

En partant dun phénomène physique naturel: le mirage comme effet doptique particulier aux pays chauds, renversant les objets éloignés comme sils se reflétaient dans une nappe deau, Bill Viola travaille dans la matière même de chaque image, de chaque instant de vision, cette hypothèse scientifique, et fait de ce " mensonge objectif ", une vérité subjective.
Il saisit des états intermédiaires, des délimitations fragiles, des définitions incertaines entre abstraction et réalisme.
Le Chott El-djerid est un vaste lac asséché dans le Sahara, au sud de la Tunisie. Un lieu qui sétend à linfini, où se produisent les mirages, le plus souvent au soleil de midi.
La chaleur intense du désert manipule, plie et déploie les rayons du soleil à un point tel que lon peut voir apparaître des choses et des êtres qui nexistent pas, des images fantômes. Dans ce paysage dillusions et déblouissements, lénigme surgit dans lépaisseur, dans lopacité de la représentation.
A travers les vibrations de lair chaud on découvre des camions ondulants, des silhouettes comme des spectres frémissants, une ville, un monde en fuite. Des arbres, des dunes de sable surgissent du sol, des crêtes de montagne, des maisons isolées sesquissent et sévanouissent dans cette atmosphère liquide. Parfois les images du désert sont opposées à celles plus froides des prairies en hiver. Cet autre climat, autre paysage, renvoie à la même sensation de désorientation et détrangeté. Bill Viola nous invite à un exercice de transcription, de redéfinition incessante de limage qui elle-même se renouvelle à chaque instant.
Il nous propose daller au delà du visible, de lintelligible, de briser cette membrane de chaleur, de puiser en nous-mêmes pour mieux saisir de telles apparitions comme surgies dantiques légendes. Traverser, parcourir limage, la scène, le drame.