Biographie
SIMON HANTAÏ (Né à Bia, Hongrie, en 1922) Peintre français d'origine hongroise, Hantaï fréquente l'école des Beaux-Arts de Budapest et s'installe à Paris en 1949 où il participe au groupe surréaliste : André Breton préface sa première exposition à la galerie L'Etoile scellée en 1953. Il expérimente alors une grande variété de techniques comme le collage, le frottage et déjà le pliage et sa peinture évoque alors d'étranges anatomies, présentant des formes entrelacées, des enchevêtrements de signes et des ondulations caractéristiques de cette époque.
En 1955, il rompt avec Breton, découvre Pollock et les peintres expressionnistes américains et se rapproche de l'Abstraction lyrique européenne et de son chef de file, Mathieu(présent dans la collection des Abattoirs), qu'il rencontre en 1957 : sa peinture évolue alors vers un style plus abstrait et plus lyrique et sous l'influence déterminante de Pollock, il développe une écriture plus gestuelle et renonce à la composition.
En 1956, il présente à la galerie Kléber à Paris l'exposition Sex-Prime, Hommage à Jean-Pierre Brisset, dont le tableau du même titre, sorte de "matérialisation d'un moment de délire érotique", témoigne d'une technique particulière utilisant des signes apparaissants "en négatif" : l'artiste retire la peinture par endroits, faisant apparaître des fonds colorés qui semblent éclairer le tableau de l'intérieur.
En 1957, il expose avec Mathieu à la galerie Kléber, puis, en 1958, présente des Peintures religieuses accompagnées d'un violent manifeste, avant de faire l'objet d'une rétrospective pour ses dix ans de peinture l'année suivante dans cette même galerie. Fuyant la capitale, Hantaï se retire alors près de Fontainebleau.
A partir de 1960, il abandonne progressivement la toile montée sur châssis et adopte "le pliage comme méthode", principe illustré par la série des Mariales, immense toile qu'il expose à la galerie Kléber en 1962 : les toiles libres sont pliées de manière plus ou moins fine (pliages ténus des Mariales, pliage grossier des Meuns en 1967), froissées et nouées avant d'être peintes "en aveugle", le pinceau n'atteignant que les parties convexes des plis : l'oeuvre n'est révélée dans sa totalité qu'une fois dépliée. Hantaï développe ensuite systématiquement ce procédé et l'enrichit, produisant des séries de toiles différenciées par le type de pliage utilisé. Chacune est repérée par une lettre (suivie par un numéro d'ordre) qui correspond à la technique utilisée: A pour les toiles pliées régulièrement, B pour les monochromes, C pour les toiles pliées deux fois et D pour les toiles imprégnées de couleur avant d'être peintes. Dans la série des Tabulas, commencée en 1974, le pliage donne lieu à un quadrillage régulier de la surface de la toile, chaque élément coloré s'apparentant à un même motif toujours répété. Au début des années 80, l'artiste restreint progressivement le nombre des motifs carrés qui les composent, en les agrandissant. Méthode répétitive, presque mécanique, le pliage permet à l'artiste d'aborder sa toile de manière globale, sans privilégier telle ou telle zone, dans une espèce de banalisation du geste de peindre ; elle constitue pour lui une nouvelle approche plastique des formes et des couleurs dont beaucoup de jeunes artistes s'inspireront au cours des années 70, notamment dans le cadre du mouvement Support/Surface.
Hantaï a représenté la France à la Biennale de Venise en 1982, avant de se retirer de la scène artistique mondiale afin de poursuivre ses recherches en solitaire ; ses oeuvres figurent dans plusieurs musées français et étrangers : notamment à Paris (Musée national d'art moderne/Centre Georges Pompidou), Grenoble, Saint-Etienne, Buffalo et Bruxelles et dans de nombreuses collections privées. Les Abattoirs conservent quinze Ďuvres de Hantaï, dont quatre proviennent de la collection Daniel Cordier : trois peintures de 1950, 1952 et 1957, un collage de 1957 et onze peintures déposées par un collectionneur privé depuis 1998. Cet ensemble est représentatif de la production de l'artiste depuis sa période surréaliste jusqu'au années 70 ; on y trouve en particulier des oeuvres des années 60 provenant de la série des Mariales et des séries qui en sont issues, ainsi qu'une oeuvre intitulée Blancs, datant de 1973, témoignant des recherches du peintre dans le domaine de la couleur et des contrastes, depuis les années 50. Dans le cadre de l'importante collection de peintures des Abattoirs datant en particulier des annŽes 50 et 60, l'oeuvre de Hantaï occupe une place originale et singulière qui préfigure une profonde mutation de la peinture qu'il inaugure.
Bibliographie
Ouvrages généraux:
Didi-Huberman Georges. L'étoilement, conversation avec Hantaï. Editions de Minuit. 1998.
Baldassari Anne. Simon Hantaï, monographie. Collection Jalons. 1992.
Périodiques:
H.D. Buchloh. Hantaï, Villéglé and the dialectics of paintings dispersial. October 91. 2000.
MC. Donough Tom. Hantaï challenge to paintings. Art in America. Mars 1999.
Ghaddab Karim. Simon Hantaï, la fente peinte en point de fuite. Art Press n°233. Mars 1998.
War Pierre. Hantaï refait surface. Beaux-arts n°166. Mars 1998.
Enregistrements sonores:
Charbonnier Georges. Le monologue du peintre: Simon Hantaï. Emission radiophonique. 1957.
Filmographie:
Meurice J.M. Simon Hantaï ou les silences rétiniens. 1976.